De Cartier à Berri

de Cartier a Berri-107h28. Papa fait son entrée dans le métro. Il tient Cocotte dans ses bras. C’est le métro d’heure de pointe : celui qu’on voudrait éviter, celui qui nous fait pratiquer le « snooze » à profusion parce qu’on préférerait l’oublier. De Cartier à Berri, comme un « road trip » qui s’éternise un jour de pluie.

Debout, coincé, chacun dans la bulle du voisin, trop collée à l’heure où je n’ai pas encore pris mon premier café. J’ai le goût de mordre. J’observe papa se trouver un p’tit trou dans un wagon qui circule à guichet fermé. Sa Cocotte est comme un rayon de soleil qui s’est introduit dans le long tunnel. Ses grands yeux font le tour du monde en quelques secondes. Mais à quoi songe-elle?

Elle offre ses jolis sourires à tous ceux qui l’entourent et qui ne la regardent pas. Le gros monsieur à ses côtés lit les mauvaises nouvelles du journal, la femme à gauche balance la tête au son d’une musique qu’elle seule parvient à entendre, et une ado tout près retire son vernis noir en utilisant ses dents.

Henri-Bou, Sauvé, Crémazie, Jarry ! Papa tient maintenant Cocotte d’une seule main. L’autre sert à le retenir lorsque le mouvement du wagon le pousse vers l’avant. Il contre balance et autour on s’en balance. Il est menacé par la foule et protège son soleil à l’abri contre lui. Avec son père, Cocotte a l’impression qu’elle danse. Elle s’agrippe d’une main à sa chemise tandis que son autre main s’agrippe à Monsieur Lapin, qui de sa couleur, confirme qu’il suit Cocotte dans chaque recoin.

Quand les grands yeux de Cocotte croisent ceux de Papa, ils s’émerveillent comme une éclaircie dans le « road trip » collectif qui nous unis. Jean-Talon, Beaubien, Rosemont… J’aimerais céder ma place mais je n’en ai pas. Tout comme Papa, j’attends debout, j’ai chaud, j’ai soif et si j’avais 3 ans je dirais surement « On arrive-tu bientôt maman? »

Une bonne samaritaine se déplace pour que Papa bénéficie de plus de place. Puis, Papa ose : il demande à un plus jeune de lui laisser son siège. La tension monte, on craint le refus, l’égoïsme, on se demande si le civisme existe encore… Hé bien surprise: le jeune s’empresse sans rien dire et papa enfin pousse un soupir! « Merci, c’est gentil. » « De rien, ça me fait plaisir, c’est gratuit. »

C’est certain que le gars aurait pu s’offrir. Au moins, il n’a émis aucune résistance et il a fait honneur aux convenances. Cocotte est bien, enfin.  Et papa aussi. Laurier, Mont-Royal, Sherbrooke, Berri… Une enfant dans la foule, une enfant parmi les grands, une enfant témoin d’une grande leçon de vie :

  • Si tu ne prends pas la place qui te revient, un autre va la saisir. Si tu manques d’audace, quelqu’un, prendra ta place !

Même à un an la leçon est essentielle. Dans le métro bondé, à une heure trop matinale, j’ai croisé Cocotte, son père, Monsieur Lapin et… une belle morale!

Princesse Rebelle – Anick Claveau

Princesse Rebelle – Anick Claveau

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