1er février
Bon. Le premier mois est fait. Tout va bien. Je glane des informations sur le web pour commencer ma maitrise comme Future Maman. Je vais sur des sites, surtout franco-européens, afin de me faire une tête sur ce qui nous attend ; mon ventre, mes seins, ma peau, mon poids et moi. Il existe des milliers de crèmes contre les vergetures et partout, partout, on revient sur l’importance des massages et des petits soins.
Je file à la pharmacie pour m’acheter des vernis à ongle, pour mes orteils, des masques, pour le visage, et des huiles douces pour le bain. Je me perds quelques heures dans la rangée des savons biologiques, écologiques, sans danger pour les femmes enceintes et haaa ! je découvre que les savons n’ont pas tous les mêmes étiquetages et qu’on ne sait pas si les savons sont, « oui ou non », dangereux pour les femmes enceintes. Ceux qui sont clairement identifiés sont tellement plus dispendieux.
Je file chez mon esthéticienne qui me rassure sur-le-champ ; ils vendent une collection de produits pour Futures Mamans. Mais ça coute une fortune ! J’appelle ma sœur qui me demande ce que j’utilise d’habitude. Dove. Bien voilà, c’est correct. Simplement éviter la plupart des huiles essentielles dont elle me fera une petite liste pour savoir quelles huiles sont recommandées, comme la lavande, par exemple, et éviter les savons qui assèchent la peau. Pourquoi j’achèterais des savons qui assèchent la peau ? Ma sœur a de drôles d’idées, des fois.
4 février
Ma fête. Ma journée préférée parce que tout le monde me poste des « bonne fête » sur facebook, tout le monde m’appelle ou me texte et mon homme me prépare toujours un super souper, soit au resto, comme dans les films romantiques qui se déroulent à New York, ou à la maison avec un peu de gourmandise, de luxure et bon… C’est ma fête !
14 février
Un peu plus et on passait en mode conception. Non, mais c’est vrai. Ce serait romantique de dire à notre grande fille de cinq ans qu’elle a été conçue un soir de St-Valentin. Oups ! Je ne sais pas à quel âge on doit parler de sexualité avec sa fille. Il me semble que, cinq ans, c’est de bonne heure, non ? J’appelle ma sœur. Elle me répond qu’elle me rappelle le lendemain parce qu’elle a organisé un piquenique au salon, pour fêter la St-Valentin en famille. J’enfile mon manteau et on gagne le resto, mon homme et moi, où toutes les tables sont placées pour accueillir des « couples » ; deux personnes. On va le mettre où, le bébé, l’année prochaine. J’appelle ma sœur. C’est le répondeur qui embarque. Je laisse mon message. J’angoisse et ne profite pas du tout de mon souper en pensant à Futur Bébé toute la soirée.
15 février
Ma sœur rigole vraiment quand je lui dis que j’ai passé ma soirée à penser à Futur Bébé. Elle me dit que c’est « une pratique » pour plus tard, puisque je vais toujours penser à mes enfants par la suite.
Pour la sexualité, elle me dit que ça va dépendre de plein de choses, dont la variable la plus importante est de savoir si Futur Bébé aura un Futur Petit Frère ou une Future Petite Sœur. Si la réponse est oui, l’hypothèse suivante est que je vais acheter des livres pour préparer Futur Bébé afin qu’il ne sente pas qu’il vive un rejet de la part de ses parents en perdant son titre de Bébé et en passant au second stade, celui de Grand Quelque Chose – Frère ou Sœur. Dans ces livres, « vraiment-bien-faits-pour-expliquer-comment-on-fait-les-bébés », Futur Bébé apprendra ce qu’il doit savoir sans être choqué ou déstabilisé parce que ce sera tout naturel pour lui grâce à l’histoire-simple-adaptée-à-son-âge. Je suis un peu déstabilisée, moi, justement.
Et si Futur Bébé est enfant unique ? Ma sœur, Frédérique, dit que ça dépendra de son éveil à la sexualité, à Futur Bébé, et que les questions vont arrivées d’elles-mêmes. Je lui dis que ça me stresse un peu. Elle me rassure et me fait réfléchir à la découverte de ma propre sexualité. Et si j’ai un garçon ? Elle me dit que Futur Papa, Olivier, pourra faire une partie des explications mais qu’elle doit me laisser d’urgence parce que Enfant #4 vient de manger un crayon feutre comestible mais que ça coule partout sur ses vêtements et que même si c’est lavable, qu’elle préfère me rappeler.
Je file à la librairie. Il y a effectivement plein de livres sur le sujet. Je vais du côté des Futures Mamans. Il y a tellement d’ouvrages sur le sujet, je ne sais pas ce que je veux. La libraire vient me voir avec un grand sourire et me demande si c’est pour moi ou pour un cadeau. Je lui réponds que c’est un cadeau pour Future Moi quand je serai Future Maman. Elle me parle des livres québécois, américains et européens en ventant les mérites de certains et en insistant sur le fait que je dois absolument avoir des référents québécois pour ne pas m’y perdre. Elle me questionne ensuite sur mes approches face à l’accouchement ; chez moi avec sagefemme, maison de naissance avec sagefemme, milieu médical avec médecin, milieu médical avec accompagnante, milieu médical avec sagefemme ? Le mot accompagnante sonne comme une faute de vocabulaire, moi, j’aurais dit « accompagnatrice ».
Je prends panique et je suis tentée par mon iPhone et le recours d’urgence à ma sœur. Je respire. Je dis que je ne suis pas rendue là et que si jamais je suis stérile, bien que tout ça, les questions et l’angoisse, aura servi à rien. Elle me dit alors qu’il y a d’excellents livres pour apprendre à vivre avec la stérilité.
Conclusion, je reviens avec trois bouquins ; un sur l’explication de la sexualité aux enfants, un sur la grossesse et un sur la stérilité. Je les mets de côté et je me fais deux rôties au beurre et au Nutella. Ma sœur a laissé un message sur ma boite vocale. Je me tape sur le front, bien oui, j’avais fermé la sonnerie, hier soir, au restaurant.
22 février
J’ai mes règles. J’ai presque envie de faire la fête. C’est tellement rassurant. Je commence à redouter le moment où Petit Monsieur ne mettra plus les petits ballons « sans latex » et que mon corps aura des preuves à fournir pour éliminer les possibilités de dysfonctions reproductives.
28 février
Je reviens de la pharmacie. J’ai acheté trois boites de petits ballons « sans latex ». « Bravo, Victoria ! Tu es une grande fille » que je me dis. On commencera à « s’essayer » quand les boites seront finies.








