Journal d’une Future maman – Stress d’un nouveau condo

1er juillet

Boites-boites-boites. Je suis toute excitée. Je fais le tri des choses qu’on veut garder, de celles à donner et des « peut-être qu’on va en avoir besoin ». Bon, notre très spacieux 1 ½, rue Papineau, ne sera pas si long à vider. Je ressors les listes de « choses à acheter » ; autant les électroménagers de nos rêves que les gros sofas de cuir blanc, les chaises, la table à manger, l’ensemble qu’on veut mettre sur la terrasse, les grandes toiles pour se protéger du soleil… On a eu des nouvelles de l’entrepreneur qui construit notre condo et on emménage dans deux mois. Pendant que les mamans vont courir les fournitures scolaires, moi je vais magasiner pour ma maison. On aura la clé du condo dans deux semaines, quatorze dodos. On ne pourra pas habiter là avant le 1er septembre, mais on va être en mesure de commencer la peinture, de s’assurer que tout fonctionne, de faire livrer nos nouveaux meubles et de déménager doucement nos choses. Je capote. Et avec les soldes du 1er juillet, on va pouvoir économiser. J’attrape mon sac et je me prépare à aller dévaliser les boutiques.

Je reviens chez moi. Bon, il y a des commerces fermés à cause du congé national. Je n’ai pas pu visiter tous les endroits que je voulais mais je suis de retour avec une bonne idée de ce qui est essentiel pour notre condo et… j’ai des catalogues. Ha, les catalogues ! Les quincailleries sont ouvertes. Je vais faire une prise d’otage extraordinaire de petits cartons de couleurs de peinture. On avait déjà fait une pré-sélection, mais je veux être certaine de répondre aux dernières tendances de l’heure.

Mon homme est enfin là. Il fait chaud dans notre appartement. Olivier boit de la bière sans alcool, en collant amoureusement notre petite machine à climatiser qui ne fournit pas à faire descendre la température de quelques degrés centigrades. Olivier ne semble capable d’aucune concentration malgré mon application patiente à lui faire part de mes nouvelles trouvailles.

— Tu penses vraiment que c’est nécessaire, Victoria ?

— Quoi ?

— Je sais pas. On pourrait faire un peu attention et acheter vraiment ce qui nous manque d’essentiel.

— Mais tout ça, c’est essentiel. On n’a pas de divan.

— Je sais mais le béluga que tu veux mettre en plein milieu du condo, tu ne trouves pas que c’est un peu gros ?

— Bien non. J’ai toujours rêvé d’avoir un sofa de cuir blanc.

— C’est pas juste un sofa, Victoria. C’est un hippopotame pour six personnes. Les coffres qui viennent avec, on peut les partager à deux. On n’a pas besoin d’acheter le confort ultime pour une meute. Nous allons être rien que nous deux. Peut-être, trois ou quatre, un jour. Mais pour le moment, tu ne penses pas que, la moitié de ce divan-là, ça pourrait être suffisant.

— Bon, dis-le que tu ne l’aimes pas.

— Mais non. C’est pas que je ne l’aime pas mais si on veut voir des bouts de plancher dans notre condo, faudrait pas trop le bourrer de meubles. Je le trouve un peu gros, pour être franc.

 

Je feuillette le catalogue. Il y a un autre sofa blanc mais il est bien moins impressionnant.

— Ça, c’est parfait.

— Tu trouves – déçue de sa tombée en amour avec le sofa plus ordinaire ?

— Tu sais, Victoria. C’est comme quand on magasine une télévision et qu’on a quarante écrans plats sous les yeux. Il y a toujours le monstre parfait, énorme, lumineux, détaillant l’image encore plus que ce que l’œil est capable d’analyser. Mais une fois à la maison, celui qui était plus ordinaire, il est parfait parce qu’on n’a pas toujours de comparatif juste à côté.

— Hum.

— Pour la table et les chaises. Tu avais pensé à quoi ?

Retour du pur bonheur. Je change de catalogue. J’ouvre la page avec un grand sourire. Je lui montre la plus fabuleuse table jamais créée sur la planète.

— Ffff. Voyons, Victoria. Dans cinq ans, elle va faire vintage en maudit. Il n’y a pas un modèle plus classique, moins dangereux pour les enfants, moins gigantesque et surtout moins dispendieux.

J’ai les larmes aux yeux. Je voudrais bien me lever théâtralement, claquer une porte et jouer les princesse inconsolables mais dans un 1 ½, je dirais que l’effet est moyen. Il me prend dans ses bras, soupire encore et me dit :

— Bon, on va regarder ça ensemble, ok ?

Je hoche la tête.

— Si tu veux avoir un peu l’illusion qu’on achète un loft incroyable qui fera urbain et tendance, on va devoir jouer un peu avec la grosseur de nos trucs parce que là, ça va avoir l’air d’un débarras, ma Victoria d’amour. Moi aussi j’aime beaucoup les meubles blancs. On va regarder ça.

 

En soirée, la pluie s’est installée. On a refait une nouvelle sélection, à deux. On a regardé les couleurs, à deux. Pendant qu’il est dans les chaudrons à préparer le souper tardif, je regarde la section de meubles pour enfants. Il jette un œil sur ce qui m’intéresse en embrassant mon cou.

— Ça ressemble pas mal aux meubles que ta sœur veut nous laisser pour le bébé, non ?

— Oui.

— Ça va être parfait, non ?

— Oui.

— On trouvera un super beau petit couvre-lit et quelques toutous pour décorer. Tu vas voir, on va être super bien dans notre condo.

— Tu penses ?

— Oui.

9 juillet

Fin du stage, selon la formule de départ.

Olivier et moi prenons la famille de ma sœur en charge pour une journée. Frédérique ne sera pas loin. Comme ce sont les vacances, tout le monde est à la maison. Moi, je prends la responsabilité de la petite. Les gars passent pratiquement toute la journée dans la piscine avec Olivier qui lit son livre sur le pallier de bois. Tout le monde est de bonne humeur. Ma sœur a déjà préparé le diner froid. On n’a qu’à sortir les plats sur la table, dehors. Les enfants et nous, nous mangeons. Le soleil est toujours au rendez-vous. Les grandes toiles font de l’ombre. C’est une magnifique journée. Le bébé fait son dodo dans son parc portatif. J’en profite pour aller me baigner. Quand Frédérique revient avec tout ce qu’il faut pour se faire un bon barbecue, je suis légèrement surprise de la vitesse à laquelle le temps est passé.

— Bien, je suis super fière de toi.

Moi : Pourquoi ?

— Tu stressais tellement à l’idée que je te laisse toute seule avec le bébé, juste le temps que j’aille porter les deux autres à la garderie, il y a quelques semaines. Regarde-toi. Tu as tout pris ça en charge toute seule – elle pointe sa famille du menton.

— Bien, j’étais pas toute seule.

— Ha oui. C’est certain. Il a fait quoi, le futur papa, pendant la journée ?

— Euh !

— La vérité !

— Il a lu son livre et joué un peu au soccer avec les enfants. Il m’a aidé pour le diner, par contre.

— Bon. Tu vois ? Tu es super bonne, maintenant, Victoria. J’espère que tu es contente de l’assurance que tu as prise.

Je fais un grand sourire. Il est maintenant temps que je passe aux prochaines résolutions : adopter le rythme de vie d’une maman et me mettre en forme.

14 juillet

Je passe à la librairie. J’ai mes règles. J’ai les clés du condo. J’ai besoin d’un bon livre avec de bonnes recettes et un programme d’entraînement. Je vais profiter de l’exerciseur elliptique de mon homme et de dehors quand il y aura de belles journées. Il n’y a pas de contre-indications très spécifiques pour les filles qui veulent être enceintes. Ma sœur m’a interdit de dire « tomber enceinte » parce que ce n’est pas une chute ou un sous-état. « Devenir enceinte » c’est un objectif et non un fait fatidique. Bon, évidemment que quand je noterai un retard dans mon cycle menstruel, je vais moins travailler l’espadrille et l’asphalte afin de diminuer les coups répercutés dans tout le corps à chaque pas de course. Mais pour le moment, je profite de tout, y compris de la course sous le soleil.

19 juillet

Je suis devenue très près de mon ami-pinceau. Il est même mon confident. Je l’avertis de retenir son souffle avant de lui tremper les poils dans les belles couleurs ; gris-de-la-nature, bleu-du-ciel, lavande-provençale, vert-ensoleillé, etc. Sans oublié le jaune-petit-pot-de-beurre pour aller avec le vert-crème-de-petit-pois de la boite pour bébé dont on a recouvert les murs de la pièce X qui contiendra un ordinateur-pomme ou un bébé-amour.

29 juillet

On a une première livraison de meubles ; celle des électroménagers. Ce ne sont pas ceux que je voulais au départ. Mais comme on n’aura pas de cafétéria en service ou que nous ne servirons pas de cuisine pour un grand restaurant, ce sera simplement parfait pour nous. Et là, je vis mon premier moment de mini-panique. Ça prend de la place un frigo, un four, un lave-vaisselle et un ensemble laveuse-sécheuse frontal. Je suis super contente de ne pas avoir acheté d’appareils superflus. Quand les livreurs remontent avec la nouvelle cafetière, le grille-pain, le micro-onde et la radio de cuisine, je suis momentanément désemparée.

Voilà. Je suis assise sur l’ilot de la cuisine et je trouve ma cuisine est minuscule. Une chance que mon homme m’a fait acheter une table plus petite, un sofa plus ordinaire, des chaises plus faciles à pousser sous la table et moins de coffres en cuirs pour mettre les pieds dessus.

 

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