La dépression post-partum, en parler pour mieux l’appréhender (1ère partie)

baby_bluesUn article de plus sur le thème de la dépression postnatale (ou dépression post-partum) me direz-vous ? Il est vrai que les magazines féminins et les sites les plus populaires reviennent régulièrement sur ce problème de santé publique pourtant encore mal connu qui touche 10 à 15 % des femmes dans l’année suivant la naissance de l’enfant (Miller, 2002). Depuis les années 80, la dépression post-partum a fait l’objet de nombreuses études. Il a été démontré que cette maladie peut affecter l’état psychologique de la mère, entrainer des répercussions sur le couple, avoir des conséquences néfastes sur les relations mère-enfant et perturber le développement psychologique de ce dernier. Néanmoins, 30 à 50 % des mères souffrant de dépression ne sont ni diagnostiquées, ni traitées. La femme peut dissimuler sa souffrance par crainte d’être jugée et traitée de « mauvaise mère », les familles ont du mal à reconnaitre les signes de cette maladie et les professionnelles de la santé se sentent parfois mal outiller pour venir en aide à ses nouvelles mères.

Plusieurs types de dépressions ?

Les recherches identifient différents types de troubles psychiques dans la période du post-partum.

Le baby blues ou  « syndrome du troisième jour » toucherait 30-80% des accouchées. Il apparaît entre le troisième et le dixième jour suivant l’accouchement et dure rarement plus d’une semaine. Il se caractérise par les symptômes suivant : fatigue,  tristesse, irritabilité, hyperémotivité, envie incontrôlable de pleurer. Moins sévère que la dépression post-partum, le baby-blues n’empêche pas la mère de s’occuper de son nouveau-né. Le baby blues ne nécessite pas de traitement médicamenteux. La mobilisation de l’entourage, l’information, une attitude chaleureuse, rassurante et compréhensive de la part des professionnels de la santé suffisent le plus souvent pour surmonter ce trouble passager.

La psychose post-partum est une maladie très sérieuse qui survient chez environ 0,1% des nouvelles mamans. Elle apparaît de deux à six semaines après l’accouchement. Parmi les symptômes de la psychose post-partum, on note une perte de contact avec la réalité, de la confusion, des troubles de l’humeur, de la culpabilité et de l’agressivité pouvant mettre en danger l’intégrité physique de la mère et du bébé. La psychose puerpérale nécessite une hospitalisation rapide où un traitement par neuroleptique sera instauré (les neuroleptiques sont des médicaments utilisés pour leur effet tranquillisants, anti-délirants et pour réguler le cours de la pensée). Dans 20 % des cas, il y a récidive au cours des grossesses ultérieures. La psychose post-partum peut évoluer vers une maladie maniaco-dépressive ou une schizophrénie.

La dépression post-partum (DPP) peut se manifester à tout moment dans l’année suivant la naissance de l’enfant. Les troubles peuvent persister jusqu’à deux ans après la naissance si la dépression n’est pas prise en charge. Les femmes qui en sont atteintes éprouvent des symptômes physiques et psychiques. Une femme souffrant de dépression post-partum peut éprouver des sentiments négatifs, d’ambivalence ou du désintérêt envers son enfant. De tels sentiments peuvent avoir des répercussions néfastes sur le développement du lien affectif qui unit la mère et l’enfant ainsi que des répercussions sur son développement.

Quelles sont les facteurs prédisposant de la DPP ?

Il n’existe pas d’élément déclencheur unique. On estime que la dépression post-partum résulte de nombreux facteurs complexes. Selon C.A. Henshaw et J.L. Cox, les facteurs associés à la DPP seraient de 3 ordres : biologique, psychologique et environnemental.

Sur le plan biologique, les chercheurs se sont penchés sur la piste hormonale pour expliquer le déclenchement de la DPP néanmoins les résultats des différentes études ne sont pas significatifs. La grossesse et l’accouchement font intervenir des changements rapides et importants des taux d’œstrogènes et de progestérone. 5 à 8% femmes enceintes pourraient être plus sensibles à ses variations hormonales qui induisent  des modifications de l’humeur et du comportement. Chez certaines femmes souffrant de dépression post-natale on a découvert un dérèglement temporaire de la thyroïde, glande associée aux changements d’humeurs (Gale et Harlow, 2003).

Sur le plan psychologique, la grossesse et la naissance d’un enfant sont des étapes importantes dans la vie d’une femme. Elles impliquent beaucoup de changements sur le plan personnel, familial et professionnel. La nouvelle mère est confrontée à une grande responsabilité face à ce petit être qui vient de naître et qui dépend entièrement d’elle. Les premiers mois sont souvent difficiles, les changements et l’adaptation qu’ils nécessitent engendrent un stress important. Chaque personne réagit différemment au stress, certaines mères peuvent avoir l’impression d’être dépassées par la situation. Dans l’imaginaire collectif, la mère est épanouie, pleine d’énergie et vit dans le bonheur absolu. Etre mère est considéré comme un instinct, et non comme quelque chose qui s’apprend. Les femmes éprouvant des difficultés ont l’impression d’être les seules à se sentir débordées. Elles peuvent avoir des émotions contradictoires (envie de revenir en arrière) qui vont provoquer un sentiment de culpabilité, un sentiment d’échec et un questionnement sur leur capacité à être une « bonne mère ». Elles vont souffrir d’une détresse émotionnelle profonde qui les conduit à s’isoler. Le nouveau-né nécessite des soins quasi-constants dans les premiers mois de sa vie, la mère doit mettre beaucoup d’énergie à s’occuper de son bébé. De plus les réveils nocturnes fréquents pour l’alimenter réduisent considérablement la qualité et la quantité de sommeil de la mère. La fatigue peut engendre un manque de patience et d’énergie, des pleurs et de l’irritabilité.

Pour certaines femmes, le déroulement de l’accouchement ne correspond pas à leurs attentes. Elles ont le sentiment d’avoir été « déçues » par la façon dont la naissance de leur bébé s’est déroulée. L‘impression de ne pas avoir été à la hauteur ou de ne pas avoir atteint leurs objectifs peut les conduire à développer une DPP. Par ailleurs, un accouchement traumatisant ou difficile peut avoir les mêmes répercussions.

Des complications liées à la grossesse ou à la naissance du bébé (prématurité, réanimation néonatale ou maternelle, malformation congénitale, maladie dans les premiers mois de la vie) peuvent déclencher une DPP.

La qualité des relations conjugales influencent la manière dont les femmes vivent la période du post-partum. Les tensions et le manque de communication au sein du couple augmentent le risque de développer une DPP. Des recherches (Rivières-Pigeon, Saurel-Cubizolles et Romito) ont étudié les différences concernant le partage des tâches dans le couple pour les soins aux enfants dans l’année suivant l’accouchement en France, au Québec et en Italie. Elles ont démontré qu’un partage inégal des tâches s’accompagnerait d’une détresse psychologique plus grande chez les nouvelles mères. Néanmoins, une étude menée par Mauthner, a démontré que même les femmes qui ont un conjoint présent et aidant ne recevraient pas forcément le type d’aide dont elles ont besoin. On peut alors s’interroger sur le type de besoins qui sont nécessaire à ces nouvelles mères. Besoin d’être écoutées sans jugement ? Besoin d’être rassurées sur leur capacité à être de « bonnes mères » ? Besoin d’exprimer leurs difficultés et d’être guider dans la recherche de solutions qui leurs conviennent ?

La perte d’un parent proche ou une séparation du couple sont des facteurs de risque dans le cadre des DPP.

Sur le plan de l’environnement de la nouvelle mère, le fait d’avoir un réseau de soutien peu développé, des difficultés relationnelles avec leur propre mère, des difficultés financières ou encore le fait d’être une mère adolescentes augmente le risque de développer une DPP.

Comment reconnaitre la DPP ?

Les symptômes de la dépression post-partum varient en fonction de son degré de gravité.

  • Sentiment d’irritabilité et de colère, parfois sans aucune raison ;
  • Anxiété par rapport à des éléments qui ne posent aucun problème d’habitude. Certaines femmes se sentent si inquiètes qu’elles ne sortent pas de chez elles et refusent  de voir leurs amis. Peur de rester toute seule avec son enfant,
  • Sentiment d’incompétence ou impression d’être débordée,
  • Apparition de crises d’angoisse avec : mains moites, palpitations et nausées. Souvent imprévisibles et très douloureuses sur le plan émotionnel,
  • Troubles du sommeil, même lorsque le bébé dort paisiblement,
  • Sentiment constant d’épuisement et d’engourdissement, d’incapacité à faire face aux tâches ménagères. Laisser-aller général, baisse de la libido, désintérêt pour les relations sociales,
  • Problèmes de concentration, confusion ou égarement,
  • Perte d’appétit ou au contraire trouver refuge dans la nourriture. Perte ou prise de poids,
  • Crises de larmes sans raison apparente,
  • Comportement obsessionnel comme par exemple, ranger méticuleusement la maison et s’imposer des exigences impossibles,
  • Peur de mourir, de blesser le bébé, obsession morbide, pensée anormale dont la femme a conscience.

Quelles sont les conséquences de la DPP ?

La DPP a des effets négatifs et indéniables sur l’ensemble de la structure familiale.

On sait que l’enfant a particulièrement besoin d’entrer en interaction avec sa mère pour se développer. Selon John Bowlby un jeune enfant (jusqu’à environ 2 ans) a besoin, pour connaître un développement social et émotionnel normal, de développer une relation d’attachement avec au moins une personne qui prend soin de lui de façon cohérente et continue. La qualité de cet engagement relationnel est plus importante que la quantité de temps passé. La mère est habituellement la principale figure d’attachement ou « caregiver », mais ce rôle peut être tenu par toute personne qui adopte un comportement « maternel » cohérent et constant sur une certaine période de temps. Le nouveau-né par ses pleurs, son babillage, ses sourires poussent la mère à entrer en relation fréquente avec lui et à répondre à ses besoins.

Une mère déprimée et son enfant éprouvent de grandes difficultés dans le processus menant au lien d’attachement. Une mère dépressive est souvent moins attentive aux besoins de son enfant, se montrent moins affectueuse et moins tolérante. Elle s’investit moins dans la relation avec son nouveau-né. Elle va généralement effectuer les soins de façon mécanique sans échanger avec son enfant. La privation de parole rassurante, de regard, de caresses, de portage, de bercement, etc. va engendrer des troubles du comportement (agitation ou apathie, troubles anxieux et affectifs). L’affect négatif renvoyé par la mère au nourrisson nuit à son apprentissage et à sa capacité de traiter l’information. Selon certaines études, les mères dépressives sont moins susceptibles de fixer des limites à leurs enfants ou de les faire respecter. Les enfants de mère dépressive semblent être moins « facile à vivre » et être moins matures pour leur âge. Ils sont également plus susceptibles de réagir négativement à des contacts amicaux et moins susceptibles de participer à des jeux créatifs individuels par rapport aux autres enfants. Dans une étude menée par Hay et coll, les enfants dont les mères étaient dépressives 3 mois après l’accouchement montraient des indices de QI plus faibles, des troubles de l’attention, des troubles de raisonnement mathématique et des besoins éducatifs spéciaux.

La DPP entraine des difficultés au niveau du couple. Dans la plupart des cas, les femmes n’osent pas parler de leur situation, la naissance de l’enfant étant un évènement joyeux, elles se sentent coupables de ressentir de la tristesse et de l’ambivalence par rapport à l’enfant. Le manque de discussion au sein du couple peut entrainer des conflits et même des séparations. Le père peut se sentir impuissant face au changement de comportement de sa conjointe. Parfois les pères pensent que la situation n’est que passagères et que les choses vont s’améliorer au fur et à mesure que l’enfant va grandir. Les problèmes au sein du couple ne sont pas sans conséquence puisque 23 à 50 % des conjoints de mères dépressives présenteraient eux aussi des troubles psychologiques.

Il semble donc primordial de prévenir et traiter rapidement les troubles dépressifs chez les nouvelles mères. Vous découvrirez prochainement dans la deuxième partie de notre article comment faire face à la dépression post-partum et quel sont les endroits où trouver de l’aide.

J.GaudyJocelyne Gaudy
Infirmière Clinicienne et Accompagnante à la naissance
Membre de l’équipe de BB à Bord
Accompagnement périnatal et Boutique
www.bbabord.com
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Sources :
Castillo-Torralba M. Interventions psychosociales et psychologiques dans la prévention de la dépression du post-partum : Commentaire de la BSG (dernière révision : 24 septembre 2007) Bibliothèque de Santé Génésique de l’OMS ; Genève : Organisation mondiale de la Santé.
Association canadienne pour la santé mentale
: https://www.cmha.ca/fr/mental_health/la-depression-post-partum/
Soares CN, Zitek B. Reproductive hormone sensitivity and risk for depression across the female life cycle: a continuum of vulnerability? J Psychiatry Neurosci. 2008 Jul;33(4):331-43.
La dépression du post-partum, émission du 18/01/2011
http://www.france5.fr/emissions/les-maternelles/diffusions/18-01-2011_114727
http://www.cps.ca/fr/documents/position/depression-mere-developpement-enfant
Une pilule, une petite granule, Dépression post-partum, émission du 13/10/2011 avec la psychiatre M. Josée Poulin de L’Institut en Santé Mentale de Québec http://pilule.telequebec.tv/occurrence.aspx?id=882
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