La dépression post-partum, en parler pour mieux l’appréhender (2ème partie)

depression+with+red+brain_82118716Dans la première partie de notre article nous avons vu comment reconnaitre une dépression post-partum et quelles pouvaient être ses conséquences sur la relation mère-enfant, la famille et le couple. Lorsqu’on est touché par la dépression post-partum peut-on la surmonter ? Comment faire pour demander de l’aide ? A qui demander de l’aide ?

Reprendre sa vie en main pour sortir de la DPP !

Si vous souffrez de symptômes de dépression post-partum, il est important de solliciter de l’aide. Parlez-en immédiatement à votre famille ou à un professionnel de la santé (médecin de famille, sage-femme, obstétricien, infirmière, etc.). Parlez de vos sentiments et inquiétudes aidera à comprendre quels sont vos besoins. En plus de cela :

  • Reposez-vous dès que vous en avez l’occasion. Faites des siestes en même temps que votre bébé. La nuit, si vous allaitez, votre conjoint peut vous aider en donnant du lait maternel que vous aurez tiré dans la journée,
  • Demandez de l’aide à votre conjoint ou à votre famille pour les tâches de la vie quotidienne telles que le ménage, l’épicerie, le lavage, etc.
  • Limitez-vous dans les tâches ménagères le temps que votre bébé prenne son rythme car il peut s’avérer difficile de vouloir tout mener de front,
  • Passez du temps avec votre famille et vos amis,
  • Prenez du temps pour vous en laissant votre bébé avec son papa ou avec une personne de confiance. Profitez-en pour faire une promenade, du sport, un souper entre amis,
  • Préservez les moments d’intimité que vous avez avec votre partenaire, passez du temps ensemble sans le bébé, partager des activités,
  • Recherchez les groupes de soutien de votre secteur, ils offrent généralement des activités maman-bébé qui permettent de briser l’isolement, de rencontrer d’autres femmes et d’échanger sur ses expériences en matières de maternage et de parentalité.

La famille et les proches

Vivre une dépression post-partum peut être très difficile et frustrant pour la mère et son entourage. Il vous faudra faire preuve de patience et de compréhension. Laisser la mère s’exprimer librement et apportez-lui votre soutien en vous efforçant de ne pas poser de jugement de valeur. Les mères vivant une DPP ont de la difficulté à exprimer leurs sentiments car elles ont peur d’être jugées et que leur qualité de mères soit remise en question. Encouragez, rassurez. Surtout ne banalisez pas les symptômes en vous disant « c’est normal d’être stressée avec l’arrivée d’un bébé », soyez attentif au changement de comportement de la nouvelle maman. Le manque de sommeil peut augmenter les symptômes d’irritabilité, les crises de pleurs et le manque de patience. Proposez-vous pour garder le bébé le temps que maman fasse une sieste. Aidez pour les tâches quotidiennes afin qu’elle ait un temps de qualité à passer avec son bébé ou qu’elle puisse prendre du temps pour elle-même. Si vous vous sentez dépassé par la situation, trouvez de l’aide auprès d’un professionnel de la santé.

Les professionnels

En terme de dépistage, les professionnels de la santé (sages-femmes, infirmières, médecins traitants et gynécologues-obstétriciens) qui administrent des soins en pré et post-natal devraient systématiquement évaluer et identifier les symptômes de dépression qui se manifestent chez les femmes ayant récemment accouché. Une formation spécifique sur la dépression post-partum devrait être proposée aux intervenants de première ligne en périnatalité pour qu’il développe l’expertise et les outils nécessaires au dépistage des femmes en post-partum. L’Échelle de dépression post-natale d’Édimbourg (Edinburgh Postnatal Depression Scale, mise au point par Cox et coll) est un outil efficace pour identifier les femmes présentant des symptômes de dépression. La mère répond à une dizaine de question en soulignant la réponse se rapprochant le plus de ce qu’elle a ressenti durant la dernière semaine. Une femme qui obtient un résultat de 10 ou plus devrait être orientée vers un médecin ou un spécialiste de la santé mentale à des fins d’évaluation plus poussée.

Echelle de dépression post-partum d’Edimbourg :

Certaines mères dépressives consultent fréquemment le pédiatre, elles projettent leur anxiété sur le nouveau-né et ont peur qu’ils soient en mauvaises santé. Le pédiatre doit pouvoir dépister la dépression maternelle et aiguiller la mère vers une évaluation  en la référant à son médecin de famille. Il devrait s’informer systématiquement des antécédents familiaux ou personnels de dépression chez la mère. Afin de faire une évaluation complète, il doit être en mesure de s’assurer que le nouveau-né vit dans un environnement adéquat et que les soins qu’il reçoit sont propice à son  développement. Il est donc important qu’il évalue les symptômes de DPP auprès des nouvelles mères.

Est-il possible de prévenir la DPP ?

En termes de prévention, les interventions sont à mener aux différentes périodes de la maternité : grossesse, accouchement et post-partum.

La prévention primaire de la dépression postnatale consiste à dépister les mères à risque dès la grossesse (antécédents personnels ou familiaux de dépression ou d’autres affections psychiatriques, mauvaise qualité de la relation avec leur propre mère, problèmes de couple, état dépressif pendant la grossesse ou anxiété excessive chez la future mère, événements de vie stressants pendant ou peu de temps avant la grossesse, manque de soutien, césarienne pratiquée en urgence) et leur offrir un soutien adapté à leur besoin. De plus en plus de mères participent à des rencontres prénatales. Ces rencontres sont données en groupe au niveau des CLSC par les infirmières ou en privé avec des accompagnantes à la naissance ou des sages-femmes. Ces rencontres doivent permettre de :

  • Donner de l’information sur la DPP à la femme enceinte et à son conjoint,
  • Faire de l’éducation anténatale et apporter un soutien psychologique pour préparer le couple de manière pratique aux soins à apporter au bébé après la naissance,
  • Aider dans la recherche d’un réseau de soutien stable et suffisant (famille, amis, organismes communautaires, etc.),
  • Informer le conjoint de l’existence des facteurs de risque et lui proposer une aide psychologique,
  • Conseiller d’éviter l’accumulation d’événements stressants comme un changement de travail, un déménagement, etc.

Au cours de la grossesse, des interventions régulières menées par un professionnel avec qui la maman peut établir un lien de confiance sont importantes. Les rencontres permettent à la future mère d’exprimer ses craintes, ses angoisses et ses émotions vis-à-vis de la grossesse. Il est important qu’elle reçoive une écoute bienveillante et sans jugement pour lui permettre de s’exprimer librement. Ces rencontres devraient permettre non seulement d’apporter de l’information sur le déroulement de la grossesse et de l’accouchement mais également de préparer les futurs parents aux implications émotionnelles et relationnelles qu’implique l’accueil de l’enfant dans la famille. Les interventions psychosociales menées par des professionnels ayant reçu une formation ciblée devraient inclurent des visites de soutien à domicile et être accompagnées d’un suivi post-partum précoce par la sage-femme, l’obstétricien ou le médecin de famille. Les interventions seront idéalement données par des personnes avec lesquelles la mère a pût développer un lien de confiance.

Un soutien personnalisé au moment de la naissance de l’enfant, par une sage-femme, une accompagnante à la naissance appelée également Doula, une infirmière ou une personne proche de la mère peut s’avérer très bénéfique. Pour trouver une sage-femme consultez l’Ordre des sages-femmes du Québec : www.osfq.org . Pour trouver une accompagnante à la naissance, consultez l’Association des Accompagnantes à la naissance : http://aqanqad.wordpress.com ou encore le Réseau des accompagnantes à la naissance : www.naissance.ca .

Des rencontres post-natales individualisées, basées sur les besoins particuliers de la mère et du conjoint apportent un sentiment de satisfaction plus important. Il est souhaitable d’organiser une rencontre en postnatale pour parler de l’accouchement, de revenir sur ce qui a été difficile, sur les émotions ressenties et les frustrations car cela peut représenter le point de départ de la dépression. La mère a souvent besoin de verbaliser sur son accouchement auprès d’une personne en qui elle a confiance et qui ne la jugera pas.

Les infirmières en périnatalité peuvent promouvoir la mise en place d’activités de soins au bébé, d’échange d’expérience au sein d’un groupe de parents, de rencontres individualisées basées sur les besoins de la mère et de sa famille afin d’aider à atténuer les symptômes dépressifs au cours de la période du post-partum. Les interventions menées auprès de la mère visent à améliorer son humeur, à développer sa sensibilité vis à vis du nourrisson, ainsi qu’à diminuer les perceptions négatives qu’elle a d’elle-même et de son bébé. Un encadrement lors des soins et des différentes interactions mère-bébé permettent d’apporter un soutien moral, des conseils pratiques et un renforcement des bonnes pratiques parentales. Le conjoint et les membres de la famille devraient être présents aux cours des interventions. Pour trouver le CLSC le plus proche de chez vous, consultez : http://www.santemontreal.qc.ca

Dans chaque localité on trouve des organismes qui proposent de nombreuses activités (yoga prénatal, accompagnement à la naissance, services de relevailles, soutien à l’allaitement, etc.). Des rencontres avec des groupes de soutien peuvent être valorisant et aider certaines femmes à surmonter leurs sentiments de culpabilité et d’isolement. Il est difficile de faire une liste exhaustive des organismes mais en voici quelques exemples : http://www.groupelesrelevailles.qc.ca (Québec); http://www.relevailles.com (Montréal) ; http://www.nourri-source.org ; http://www.grossesse-secours.org . Les Centres de ressources périnatales du Québec ont pour mission de favoriser la santé et le bien-être des familles en période périnatale, de favoriser l’adaptation de la vie avec un nourrisson et d’accompagner et soutenir la famille dans toutes les étapes entourant la maternité et la paternité. http://www.reseaudescrp.org.

La psychothérapie est souvent un traitement de choix dans la DPP. La thérapie individuelle ou la thérapie de groupe peuvent être très efficaces. Elles se concentrent sur la parentalité, les relations que la mère entretient avec les autres. La thérapie interpersonnelle (TIP) encourage la mère à contrôler son humeur, à se sentir comprise, facilite l’expression de ses émotions et améliore l’estime de soi. La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) vise à remplacer les idées négatives et les comportements inadaptés par des pensées et des réactions en adéquation avec la réalité. Pour trouver un thérapeute consultez le Répertoire canadien des psychologues offrant des services de santé http://www.crhspp.ca

Pour les mères ne répondant pas aux interventions psychosociales et psychologiques, l’usage d’un traitement par antidépresseurs peut s’avérer nécessaire. Dans les cas de mères qui allaitent, il est possible de choisir un produit qui ne soit pas contre-indiqué avec l’allaitement. Dans certains cas plus extrême il peut être nécessaire d’hospitaliser la mère dans une unité spécialisée.

J.GaudyJocelyne Gaudy
Infirmière Clinicienne et Accompagnante à la naissance
Membre de l’équipe de BB à Bord
Accompagnement périnatal et Boutique
www.bbabord.com
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Sources :
Castillo-Torralba M. Interventions psychosociales et psychologiques dans la prévention de la dépression du post-partum : Commentaire de la BSG (dernière révision : 24 septembre 2007) Bibliothèque de Santé Génésique de l’OMS ; Genève : Organisation mondiale de la Santé.
Association canadienne pour la santé mentale : https://www.cmha.ca/fr/mental_health/la-depression-post-partum/
Soares CN, Zitek B. Reproductive hormone sensitivity and risk for depression across the female life cycle: a continuum of vulnerability?, J Psychiatry Neurosci. 2008 Jul;33(4):331-43.
La dépression du post-partum, émission du 18/01/2011 http://www.france5.fr/emissions/les-maternelles/diffusions/18-01-2011_114727
http://www.cps.ca/fr/documents/position/depression-mere-developpement-enfant
Une pilule, une petite granule, Dépression post-partum, émission du 13/10/2011 avec la psychiatre M. Josée Poulin de L’Institut en Santé Mentale de Québec http://pilule.telequebec.tv/occurrence.aspx?id=882
Source image : Psychiatric News
 
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