La faiblesse

Je me suis levée (ou peut-être ne me suis-je jamais tout à fait endormie) avec une envie : laisser le bébé et ses grondements d’appétit dans le lit avec les couvertures pêle-mêle et les draps défaits; remplir à pleine capacité la laveuse et régler une fois pour toute le sort des vêtements qui s’accumulent. Avoir, au moins, le contrôle sur une chose : posséder une maison avec du linge propre.

C’est jour de test aujourd’hui. J’annonce la chose à l’amoureux. Je lis à 06 - la faiblessevoix haute les instructions de l’échantillonnage d’urine que nous devons prélever. Mais mon conjoint a l’esprit embrouillé. Et l’enfant urine trop vite. Pas le temps de lui enlever le piqué qui est resté encore sous elle. Je m’impatiente. J’étais prête moi. Les indications me semblaient claires pourtant. Mais l’homme à côté de moi n’a rien pigé. Je fulmine. Cet amoureux lent, le matin…

J’insère le tampon à imbiber d’urine tel quel dans l’enveloppe. À demi humecté. Ce sera ça. Tant pis. S’ils en veulent plus, ils n’ont qu’à venir le faire ici le test d’urine. Je cèle l’enveloppe et éclate de rire devant le visage calme de cet amoureux que j’aime finalement pour cela. Peu importe la catastrophe (imaginaire ou pas), il demeure placide.

Au fond, ce test, nous l’avons réussi. Ce qu’on évaluait, à bien y penser, c’était la capacité d’un couple privé de sommeil et de tendresse à remplir ce formulaire sans éclater. Mission accomplie. Nous sommes encore là, à nous embrasser devant le visage interrogateur de ma fille.

Anne Genest - La Fabrique

Anne Genest – La Fabrique

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